Largeur ou profondeur de transe ?

Communication réalisée lors du congrès d'hypnose de L'AFNH pour le compte de l'E.C.H  (Ecole Centrale d'Hypnose)

Gérald image 2

Comme beaucoup, j’ai été formé en hypnose Ericksonienne avec cette croyance que la transe profonde est inutile. J’ai même cru un moment qu’il s’agissait d’un mythe urbain. Or, ce sujet « inutile » ne cesse d’être abordé : ce questionnement revient régulièrement dans des articles de presse et des congrès. Mes discussions avec d’autres hypno thérapeutes m’amènent d’ailleurs à la même conclusion : La transe profonde est inutile, mais tout le monde en parle. A commencer par les patients.

J’y vois là une sorte d’affirmation paradoxale : « Ça ne sert à rien, mais je veux en savoir plus ! ».

Comme vous le savez sans doutes, pour Erickson il existait 2 types de transes profondes:
L’une dite « stuporeuse » qui semble se rapprocher d’un sommeil profond presque léthargique. On trouve dans les articles de Milton Erickson sur l’hypnose profonde cette description : La transe stuporeuse se caractérise avant tout par un comportement passif, marqué par un ralentissement psychologique et physiologique…. On retrouve volontiers une persistance marquée des réponses incomplètes, et une perte de la capacité à prendre conscience du moi. ».
L’autre dite « somnambulique » où le sujet semble éveillé et actif. Elle « se caractérise » pour Erickson « par l’apparence éveillée du sujet qui semble fonctionner de manière adaptée, libre, et correcte dans l’ensemble de la situation hypnotique, d’une manière semblable à celle d’une personne non hypnotisée ». Dans les deux cas, pour Erickson, la transe profonde manifeste « le fonctionnement psychique purement inconscient, sans aucune participation consciente ».

C’est une chose étonnante de voir pour une même définition deux fonctionnements totalement contraires: la transe stuporeuse qui a l’apparence d’un sommeil et la transe somnambulique qui a l’apparence de l’éveil.
Ce que l’on peut retirer de cela c’est que la profondeur de transe est totalement dé-corrélée de la notion d’éveil. Or c’est souvent là que nous faisons une erreur. Nous relions l’état Veille / Sommeil avec la profondeur de transe. Il n’en est rien.
Le conscient et l’inconscient sont régulièrement représentés par cette image d’un iceberg où le conscient en serait la partie émergeante, et ’inconscient la partie immergée. Nous nous trouvons là devant une conception de verticalité. Le terme profondeur renvoyant à la descente participant ainsi à cette confusion avec le sommeil.

Pour nous, la profondeur de transe est un indicateur du degré d’activation du contrôle conscient :
Avec en Transe légère, le conscient est partiellement désactivé, mais peu se réactiver rapidement.
En transe moyenne :
le conscient est un peu plus désactivé, et a moins de prise sur son environnement.
En Transe profonde :
le conscient est totalement désactivé. Il peut être totalement absent ou devient tel un spectateur qui observe sans capacité d’agir sur ce qui se déroule. Une sorte d’inattention attentive.

Je voudrais d’ailleurs attirer votre attention sur les termes de léger et profond. Le contraire de la légèreté c’est la lourdeur. Le contraire de la profondeur c’est la hauteur ou l’élévation. N’est-il pas surprenant que « léger » soit opposé à « profond », alors qu’ils sont de natures différentes ? En ce qui me concerne, j’ai du mal à considérer que ce qui n’est pas profond est léger. C'est d'ailleurs pour cela que nous parlons d'"état élargit de conscience" à l'E.C.H. plutôt que d'"état modifié de conscience" comme beaucoup.
Cela dit, je ne veux pas tout chambouler. Je continuerai à utiliser le terme de profondeur dans le reste de ma communication... (jeu des 9 cercles) ...
Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que l’on reste souvent bloqué à l’intérieur de notre cadre de fonctionnement. Ce cadre pourrait correspondre à notre mode de fonctionnement conscient avec ses limites et ses freins, mais qui est tout à fait opérationnel la majorité du temps. L’état d’hypnose correspondant lui à un élargissement du cadre donnant accès à de nouvelles ressources et solutions. Si bien que ce qui était impossible dans le cadre initial (relier les cercles en 4 traits) devient possible avec cette ouverture.

Rentrer en état d’hypnose, c’est donc assouplir les contraintes, rendre les barrières du cadre poreuses, favorisant ainsi l’ouverture vers l’inconscient. Il existe différentes manières d’amener cette morosité : par la séduction, la négociation, la fascination, l’ennui, l’endormissement, la force, la ruse la confusion, la concentration, la submersion, la sidération, la relaxation, ect …Chaque méthode peut donner une nature de transe différente, avec ses caractéristiques et ses propriétés. Ainsi une transe profonde suivant qu’elle soit stuporeuse ou somnambulique offre des phénomènes hypnotiques différents.

Erickson a commencé sa carrière dans le monde de l’hypnose classique et est devenu un expert dans ce domaine. En tant que tel, il a utilisé l’hypnose profonde avec des milliers de sujets. Il aimait l’hypnose profonde, et la considérait comme un outil important pour le travail hérapeutique. A tel point qu’il entrainait souvent ses patients à rentrer en hypnose profonde et à pouvoir y fonctionner naturellement. Cela demandait en moyenne entre 8 et 16 heures d’entrainement. Et c’est seulement après cela qu’il commençait la thérapie. Erickson prenait le temps de créer le bon contexte de changement pour ses patients.
il est interessant de noter qu’alors même qu’il était ce thérapeute hors du commun, il a continué à travailler avec des transes profondes. Peut-être y a-t-il trouvé des vertus que nous devrions nous même rechercher en tant qu’hypno thérapeutes. Notamment avec la transe somnambulique, dans laquelle Erickson pouvait utiliser tout un ensemble de phénomènes hypnotiques tels que l’écriture automatique, l’hallucination ou même la parole inconsciente du patient : outils thérapeutiques puissants permettant de mobiliser l’inconscient dans un processus de guérison.

Si nous revenons aux définitions des 2 natures de transe profonde (transe stuporeuse une transe somnambulique), nous pouvons constater que la profondeur seule sur ce point : la profondeur de transe ne rend compte que de l’inactivation du contrôle conscient. Ce n’est pas parce que le conscient est inactivé que l’inconscient est mobilisé.

Si vous mettez les personnes en état d’hypnose sans travail de mobilisation des ressources inconscientes, voici ce qui peut se passer :
- Soit le patient se mobilise et fait le travail nécessaire pour changer.
- Soit il ne se passe rien, et dans ce cas l’utilité de la séance est faible. C’est peut être un des éléments qui explique le délaissement de la transe profonde. Car descendre en transe profonde ne suffit pas. Le jeu des 9 cercles peut nous aider à identifier ce que la verticalité de la transe (c’est à dire la profondeur) ne distingue pas. En effet, trouver la réponse à ce jeu nécessite de passer par 2 étapes :
- Une première étape de désactivation du cadre initial de fonctionnement
- Une seconde étape où l’on va rechercher les solutions à l’intérieur du nouveau cadre de fonctionnement. Ici nous ne sommes pas dans l’attente, mais dans l’activation de nouvelles ressources.
En hypnose c’est équivalent :
- Une première étape de désactivation plus ou moins forte du contrôle conscient. C’est ici la profondeur qui en jeu.
- Une deuxième étape, où, à l’intérieur de ce nouveau cadre l’inconscient devient disponible, nous mobilisons de nouvelles ressources pour atteindre l’objectif définit.


Il ne s’agit donc pas seulement de rechercher la profondeur, mais aussi l’élargissement, l’étendue de nos ressources. C’est pour cela que je préfère utiliser le terme d’état élargi de conscience, plutôt qu’état modifié de conscience pour décrire l’état d’hypnose.
L’étendue ou la largeur d’une transe, c’est le niveau de mobilisation des ressources conscientes ou inconscientes. L’étendue d’une transe mesure le niveau de mobilisation des ressources.
Ainsi pouvons-nous distinguer les transes étroites ou élargies en fonction de la réaction des sujets aux phénomènes hypnotiques, et cela indépendamment de la profondeur c’est à dire du niveau de présence où d’absence du conscient.
Une transe élargie crée un formidable contexte de changement. Et c’est en cela qu’Erikson a été novateur et génial. Il a trouvé d’autres moyens d’élargir le cadre, de créer cette étendue, en cherchant à reproduire ce qu’il pouvait obtenir en transe profonde. Il n’a pas développé cette notion de largeur, mais il l’a utilisé.
Jusque là, l’hypnose était perçue comme verticale. Erickson n’a pas cherché à remettre en cause ce cadre de fonctionnement de l’hypnose mais à y être efficace. Ce faisant il a découvert de nouvelles propriétés à l’hypnose. La profondeur de transe décrit uniquement le niveau de capacité d’action du conscient. En transe profonde, le sujet n’est plus conscient. L’opérateur, l’hypnotiseur a alors tout le loisir d’utiliser l’inconscient du sujet. Il travaille sur la largeur. La transe profonde donne simplement accès à cet élargissement. Ce qui fait la différence, c’est l’étendue, soit une évolution horizontale, qui elle décrit le niveau de mobilisation des ressources de la personne.

Nous pouvons représenter cela sur un plan ayant deux axes. L’ordonnée serait la profondeur de transe (c’est à dire le niveau d’activation du conscient) et l’abscisse serait l’étendue (c’est à dire : le niveau de mobilisation des ressources). Et c’est bien là que se trouve une des clés de réconciliation entre les thérapeutes et l’hypnose profonde. Car l’une des caractéristiques de l’hypnose profonde est qu’elle provoque en même temps qu’une inactivation du conscient, une possibilité d’ouverture aux ressources inconscientes.

Pourtant, il est également possible d’obtenir cet élargissement dans des états de transes légères. Et c’est ce que recherche l’hypnose moderne.

J’ai le souvenir d’avoir entendu parler de cette jeune femme, qui à Neuilly, il y a une quinzaine d’années avait déplacé une voiture à mains nues, pour sauver son enfant. Il aurait fallu par la suite, la force de 8 pompiers (certainement frêles) pour la déplacer. Cette jeune femme était-elle en transe profonde ? Je ne sais pas. En revanche elle a eu accès à ce moment là, à toute sa force (nous nous trouvons ici dans l’étendue).

Il y a selon moi une adéquation dans le but final des différents types d’hypnose: accéder aux ressources inconscientes. Seul le moyen diffère.
Et c’est cela qui est important. Car, comme il existe différents types de musiques : le jazz, le classique, le rock, la techno, le disco, la tecktonik …, il existe différents types d’hypnose (classique, erickonienne, nouvelle, instantanée, traditionnelle ….). Chacune de ces musiques répond à ses propres lois, ses propres règles.
Elles ont en commun d’être de la musique. Se demander si la musique classique est plus de la musique que le jazz est un non sens. N’est-ce pas ? Chacun va avoir tendance à vibrer plus ou moins suivant la musique. Cela peut même varier pour une même personne en fonction du contexte, du moment et même du lieu.

Imaginez que vous êtes invité à une fête chez un ami. Vous arrivez et il y a environ 50 personnes. Après les formalités d’usage où vous faites connaissance, où vous retrouvez avec plaisir d’anciens copains que vous n’aviez pas vu depuis longtemps, vous entendez les premiers succès de Johnny. Des couples commencent à danser le rock et la soirée s’anime. Pourtant certains restent sur le côté et semblent comme désintéressés.
Ils n’aiment pas Johnny. Après 30 minutes de Johnny, vous aimeriez passer à autre-chose : peut-être du jazz, de la saoul, du reggae, de la techno, du disco ou autre. Mais l’organisateur de la soirée l’adore ; il a toute sa discographie et n’a rien d’autre. Autour de vous, il y a ceux qui aiment ; qui dansent, chantent, s’éclatent, et ceux qui ne vibrent pas sur cette musique, s’ennuient, et passent à coté de la soirée.

En hypnose il en va de même. Si je ne connais qu’un type d’hypnose, je me limite. Car, certaines personnes rentrent dans nos cabinets avec des attentes concernant ce que sera leur expérience d’hypnose. Ne pas en tenir compte peut devenir une contre-suggestion. Nous pourrions appeler cela de la résistance. C’est en fait une résistance à induire ce que le patient attend. Combien d’entre nous ont eue des personnes qui à la fin de la séance ont des interrogations sur le fait d’avoir été en état d’hypnose ? (Non, je ne vais pas vous demander de lever la main). Leurs présupposés de l’état d’hypnose sont différents de la réalité.
Certains d’entre eux savent (à tord ou raison) qu’ils seront totalement inconscients, comme dans le sommeil, mais en même temps, ils veulent entendre consciemment tout ce qui se passe. Un patient en attente d’une expérience dans laquelle son conscient sera inactif (avec l’impression de dormir) qui n’obtient pas cela, pense que la séance est ratée, qu’il n’a pas été hypnotisé. Cela crée alors une suggestion négative quant aux résultats de la séance.

En revanche, le praticien qui pratique une hypnose pluridisciplinaire, pourra alors utiliser l’attente du patient et la transformer en atout pour sa séance. En cela, il nous semble important de s’ouvrir à tous les types d’hypnoses. C’est pourquoi, nous pensons à l’École Centrale d’Hypnose qu’il est important que les praticiens apprennent une hypnose pluridisciplinaire.
C’est quand même plus agréable, quand dans une soirée, chacun a pu s’amuser sur la musique qu’il aime. Et je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point il est plus facile de s’amuser sur d’autres musiques à partir du moment où nous avons eue nous même, celles que nous aimions.
La plupart des personnes qui viennent nous voir ne connaissent pas l’état d’hypnose comme nous le connaissons, et c’est important de gérer cela. L’une des façons de le faire est d’utiliser leurs croyances en leur apportant une transe proche de leurs attentes, quitte à la réorienter la séance par la suite. Dans ce cas, pour favoriser l’approfondissement de la transe, il est nécessaire de créer un rapport de confiance avec le patient, lui donner un sentiment de sécurité, afin qu’il se sente libre d’approfondir satranse.

J’attire toute fois votre attention sur les mots « profondeur, descente, tomber, couler, abandonner ». En effet, ils ont par nature des connotations négatives. Profondeur fait penser à « abîme », à « obscurité » et peut faire peur. Plutôt que « descendre », les gens préfèrent « monter ». Personne n’a envie de tomber, ni de couler. Et l’abandon est souvent synonyme de solitude, de peur, et de manque d’amour. Tous ces termes sont donc à proscrire. Il vaut mieux leur préférer, la douceur de la transe, sa complétude, la sécurité totale ou sa lourdeur (sauf avec une personne qui pèse 140 kilos)… ect.

Cependant, que l’on souhaite ou non approfondir la transe, l’important c’est de l’élargir, afin de rendre disponible un maximum de ressources inconscientes et notamment, celles dont vous avez besoin. En effet, les phénomènes hypnotiques peuvent être le reflet de cette étendue. Plus la transe est large, plus nous accédons aux processus inconscients. C’est en cela que l’utilisation de phénomènes hypnotiques permet de calibrer, non pas la profondeur, mais bien la largeur de la transe. Ainsi, certaines personnes peuvent être en transe légère et pourtant développer des phénomènes tels que l’hallucination.
En reprenant ainsi les deux types de transes profondes décrites par Erikson, et en y associant cette notion d’étendue, nous pouvons alors percevoir :
- La transe stuporeuse comme profonde et étroite.
- La transe somnambulique comme profonde et large.
La transe stuporeuse : qui se caractérise avant tout par un comportement passif, marqué par un ralentissement psychologique etphysiologique…. On retrouve volontiers une persistance marquée des réponses incomplètes, et une perte de la capacité à prendre conscience du moi. ». Nous sommes bien dans une transe profonde, avec inactivation du conscient, mais une faible mobilisation de l’inconscient. La transe somnambulique qui « se caractérise par l’apparence éveillée du sujet qui semble fonctionner de manière adaptée, libre, et correcte dans l’ensemble de la situation hypnotique, d’une manière semblable à celle d’une personne non hypnotisée ». Ici, le conscient est également inactif (il peut ou non être présent, mais il est inactif). Cependant l’inconscient est fortement mobilisé et prend le relais du conscient.

Cet élargissement s’obtient par les suggestions bien sûr, verbales ou non verbales. Plus les suggestions rentreront dans le cadre de départ du sujet, plus il sera facile ensuite de l’élargir. Notamment la synchronisation et l’utilisation dans les suggestions des canaux sensoriels de prédilection du sujet sont des techniques très utiles et amèneront le sujet à entrer plus complètement en transe. Étonnamment, travailler sur la largeur peut apporter également de la profondeur.

En résumé, la transe profonde (désactivation du conscient) n’est pas indispensable à une bonne activation de l’inconscient, mais elle peut être un vecteur facilitant. Une autre notion, celle de l’étendue (mobilisation des ressources de la personne) apporte un complément dans l’explication des phénomènes de transe. D’autre part, nos patients ont souvent encore une vision de l’hypnose qui se rapproche de celle de la transe profonde, et viennent en consultation avec des a priori pouvant influer sur le succès de la séance. À nous de savoir le prendre en compte pour le succès de la thérapie.

Enfin, et pour conclure, je dirais que si vous pensez que la transe profonde est inutile, mais que malgré tout, cela vous intrigue, vous questionne, vous attire, alors expérimentez-la. Mais gardez toujours à l’esprit que c’est par l’élargissement que la différence se fait.
Gérald VASSELLE - hypnothérapeute

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